Il y a plus de deux semaines, mon amie Mylène m’a demandé si j’acceptais d’écrire une entrée pour son blogue dont le titre serait : « Ce que les hommes veulent des femmes! » … wow. Voilà un terrain miné. Le temps de réflexion que je me suis accordé n’a pas vraiment changé mon opinion initiale, il m’a plutôt permis d’accepter le risque inhérent à une telle démarche. Bien sûr, je ne peux prétendre représenter l’opinion de tous les hommes du tango. Je ne peux offrir que la mienne, l’opinion d’un membre de la communauté tango montréalaise.
En raison de l’activité dont on parle, il y a au départ certaines règles de base qui sont essentielles et qui ne devraient même pas être mentionnées. Je me permets de les souligner tout de même, ne serait-ce que pour proposer un point de départ minimum à cette activité sociale qui exige un échange, somme toute, assez intime entre deux personnes. Évidemment, l’hygiène, odeur corporelle et haleine sont des exigences fondamentales pour les femmes aussi bien que pour les hommes. Petit détail non négligeable pour les femmes qui porte des vêtements sans manche, l’anti-sudorifique est très important, car son absence laisse sur la manche du bras droit une odeur inacceptable, tout aussi important, il ne doit pas laisser non plus de marque blanche sur le beau veston foncé de Monsieur.
Les vêtements et particulièrement les chaussures sont également très importants. À défaut d’avoir vu danser la personne, les chaussures qu’elle porte seront un des seuls éléments me permettant de tenter de me faire une opinion sur sa qualité de danseuse.
Comme chacun sait, il y a en général beaucoup plus de femmes que d’hommes dans une soirée de tango. Qu’est-ce qui fait que je vais inviter une femme plutôt qu’une autre? Mettons de côté la conjointe et les amies ou danseuses habituelles qui forment la grande majorité des danseuses avec qui vont choisir de danser les hommes. Mettons de côté également les danseuses d’exceptions qui arrivent dans un endroit précédées de leur réputation ou dont le look est tout simplement irrésistible. Parlons plutôt ici de quelqu’un que je n’ai jamais invité et pas vraiment vu danser. Quelles sont les qualités et les attitudes qui vont me donner l’envie de faire la démarche ?
Une fois franchies les étapes de bases des paragraphes précédents, quelle est l’attitude gagnante ? C’est tout à la fois subtil, mais tout de même assez évident. Le tango est une activité de séduction, donc il faut séduire. Sans faire la danse des sept voiles de Salomé, le sourire, le regard et l’attitude qui disent je suis ici pour m’amuser, j’ai envie de te connaître, j’aimerais te parler, sont des appâts qui marchent.
Il faut dire : j’aimerais te parler, mais ne pas tout dire avec les mots pour permettre à la conversation de se poursuivre sur la piste. Être ouverte à cette invitation par un regard qui dit : « Je dirai oui ». Comme dans la vie, il n’y a pas de recettes magiques et on ne peut s’attendre à séduire tout le monde. Mais une attitude ouverte, sympathique, sans pression (très important) et qui dit « je veux danser », est généralement difficile à résister pour le danseur averti.
Une fois franchi le mur de la piste, quels seront les critères qui me permettront d’évaluer la pertinence de répéter l’expérience ? Prenant pour acquis que les règles de base énoncées ci-haut ont été respectées, ce sont évidemment sa qualité de danseuse qui sera déterminante.
Mais ça veut dire quoi « sa qualité de danseuse »???
C’est subtil.
On doit connecter, et qu’est-ce qui fait qu’on connecte, demeure, comme pour toutes les relations humaines, assez mystérieux. Sans prétendre qu’il s’agit là de la recette gagnante, il y a certains éléments qui sont identifiables. Elle doit s’abandonner à ma danse. Mais l’abandon n’est pas la soumission, c’est une acceptation, une confiance en l’autre, une écoute. Elle doit également être responsable de sa danse, l’abandon n’est pas une perte d’autonomie, au contraire. Dans le tango, l’abandon est une insouciance qui permet à la femme de peindre un tableau dans un cadre offert par son partenaire. La créativité est donc également importante. Une danseuse dont la créativité est au diapason de son partenaire permet à ce dernier d’embellir le cadre de leur composition sur la piste. Ce faisant, elle lui permet de lui accorder à elle plus d’espace et ainsi de suite dans un cercle vertueux qui les amènent tous les deux à … connecter. Et ça, quand ça arrive, on veut danser à nouveau avec cette partenaire.
Et c’est ce que les hommes veulent des femmes.
Robert, blogueur invité
Modèles : Robert et sa partenaire Rose-Marie
Crédits photo : Julia C Vona










Très beau texte, plein de justesse et d’élégance, bravo Robert. J’espère que Mylène va vous passer d’autres commandes! ;~)
Je suis d’accord avec ton homonyme, Robert.
J’ajouterais toutefois que pour moi, la connexion est en très grande partie liée à une « présence » de tous les instants. Si lorsqu’on danse, on « sent » l’autre à chaque instant, si on harmonise nos respirations (comme les instruments prennent le temps de s’accorder avant de jouer ensemble!), si on active l’ensemble de nos sens (les six!!), on sent à la fois qu’il n’y a aucune possibilité de ne pas se comprendre et que si l’on se trompe, ce n’est pas grave du tout; même qu’au contraire, ça peut ajouter du piquant et/ou de l’humour à la danse, ce qui conduit vers une plus grande complicité.
Danser avec une partenaire qui est « présente » est plus souvent qu’autrement danser avec une personne qui EXISTE, qui exprime son unicité, son charme propre, qui respire à la fois la fébrilité, le calme et la sérénité, qui affirme sa personnalité et ses couleurs propres, ce qui lui donne une confiance, un équilibre et une relaxation corporelle qui amènent une connexion envoûtante, constante et de qualité et provoquent du même coup le cercle vertueux auquel tu fais allusion.
Et ce « cercle » n’est pas que mental; il se matérialise dans l’étreinte (el abrazo) de notre partenaire, qui nous enveloppe de tout son être (pas juste de ses bras!), qui co-détermine avec moi cet espace de partage, à la fois souple, suave, flexible et bien senti, le temps de quelques danses.
Finalement, pour moi, une tanguera qui EXISTE laisse sa trace. À chaque pas fait, elle le sent, le savoure et s’enfonce dans le sol comme un félin. Elle visse son premier métatarse au sol à chaque pivot, elle rentre allègrement au sol avec le talon à chaque pas qu’elle fait vers l’avant et surtout, elle prend son temps. Elle nous force à être gentleman, à vivre l’esprit du tango argentin; elle ne focusse que sur une chose: être… Être afin de pouvoir « danser » ensemble; pas SUIVRE!!!!! Ensemble avec moi, avec la musique mais surtout, elle ne s’oublie jamais, elle ne sacrifie jamais sa beauté ni son confort pour moi. Si on se perd pour un instant, on est humain. On savoure cet espace mais encore bien plus le fait de retrouver cette magique complicité…
Nos torses créent une connexion et une complicité constantes et nos bas du corps viennent rejoindre le plus naturellement du monde les ondulations naturelles et les débalancements suaves créés par cette magique harmonisation de nos corps et de la musique. AUCUN EFFORT ne se fait sentir. Le seul effort est celui de l’esprit. Celui de l’esprit du tango argentin. Le seul effort devient celui d’EXISTER le plus authentiquement possible afin de pouvoir danser ensemble.
Ces caractéristiques sont (heureusement) contagieuses et moi, je les recherche!!! Plus une femme EXISTE et plus elle m’amène à moi-même vouloir EXISTER. Pour moi oui, mais aussi pour elle, avec elle.
Alors voilà qui complète ce que moi, je recherche chez une tanguera.
Manu
Wow! Manu, quel texte inspirant. Tes mots me donnent envie d’aller danser! On se retrouve prochainement j’espère!
Si vous permettez (et un peu tard):
je crois que ce qu’on cherche c’est d’aimer et d’être aimé.
Le tango est un pretexte, une facon: Un moyen et un fin sublimés.
Leonardo
Tout comme Robert qui a si bien décrit ce qu’il recherche chez une femme en dansant le Tango avec elle, ainsi que Manuel qui le ressent parfaitement, je crois que le parfait Tango est celui dans lequel l’Homme et la Femme s’investissent tous deux pour la DANSE et À LA MUSIQUE!
Ils se doivent de demeurer complètement libres face à eux-mêmes, libres de toutes peurs .
Le Tango PARFAIT est celui qu’on a partagé entièrement au même moment que l’autre pendant le court instant que joue la musique en connectant totalement et sincèrement, sans aucune retenue ou hypocrésie. Malgré les erreurs techniques s’il y en a eu, malgré le peu d’expérience ou l’excellence des danseurs!
Le TANGO naît du COEUR, il vit dans notre ÂME. Les pas se forment ensuite dans l’esprit et se transmettre par notre corps! Plus gracieusement si nous dansons souvent!
Il y a eu, il y a et il y aura toujours des Tango parfaits …éphémères!
Voilà pourquoi nous recherchons tous, homme ou femme, à recréer ce moment suave et divin!
Fabienne St-Pierre